Le manager de transition n'est pas seulement le super-héros des situations de crise, il met à profit son expérience pour des missions multiples. Si cette profession gratifiante offre une liberté de ton exceptionnelle, elle suppose aussi d'en accepter les contreparties.
Soixante-quatorze pour cent des cadres méconnaissent la fonction de manager de transition(1). Pourtant, à une époque où tout va très vite, nombre d'entreprises ont besoin d'être épaulées. Toutes n'ont pas forcément les ressources en interne à l'ins- tant T pour mener un nouveau projet, accompagner un changement dans l'organisation, assurer le relais ou gérer une situation de crise. Contrairement à l'image fréquemment donnée de la profession, ces dernières représentent moins de 20 % de lactivité des cabinets, selon le Baromètre de l'Association française du mana- gement de transition [AFMDT](2). Si l'activité, qui est apparue en France à la fin des années 90, a connu un véritable essor, le poten- tiel de croissance demeure consi- dérable. 'Au Royaume-Uni, elle est dix fois plus importante", souligne Pierre van den Broek, président de l'AFMDT.
UN OPÉRATIONNEL
Mais en quoi consiste réellement le métier de manager de transition ? "Il s'agit d'une personne présente dans l'entreprise pour une durée temporaire et qui va essayer d'apporter son regard sur l'organisation dans laquelle elle intervient". Et contrairement à un consultant, le manager de transition "est un opérationnel. Il n'est pas là pour faire un audit ou des préconisations". En somme, il vient pour agir. Il n'est pas non plus un intérimaire lambda. Lorsqu'il effectue une mission (en moyenne huit mois) au sein d'une entreprise, il ne se place pas en simple exécutant mais apporte une plusvalue, fruit d'années d'expérience. "Ce que l'on demande aux managers, c'est d'être surqualifiés par rapport aux missions. Ils ont peu de temps pour s'adapter et produire un résultat. Il faut communiquer, car ils ne sont pas tout seuls. Parfois, la situation peut être tendue, il faut donc avoir également une rêsistance au stress", poursuit Pierre van den Broek. Le manager de transition doit réunir à la fois des compétences techniques, psychiques et culturelles adaptées à l'entreprise qui fait appel à lui. "C'est une alchimie !".
UN PARCOURS RICHE
Si, selon les secteurs, ces managers peuvent aussi bien avoir 65 ans que 35 ans (dans des startup par exemple), ils ont en commun la capacité de prendre au pied levé des fonctions de direction générale, de directeur des ressources humaines ou de directeur administratif et financier. "On peut avoir mené différentes missions chez un même employeur mais il ne faut pas avoir un parcours monolithique", souligne Pierre van den Broek. Selon les données de l'AFMDT, la rémunération de l'intervenant est en moyenne d'environ 100 000 euros pour une mission. "Ce n'est pas forcément le jackpot" et le manager devra derrière assumer l'aspect aléatoire de la profession. "La contrepartie, c'est une liberté inestimable aux dires des intéressés, car on ne se place pas dans un plan de carrière. C'est un luxe dont on ne peut plus se passer une f ois qu'on y a goûté!".
1 Etude menée par l'Institut Ifop et publiée en novembre 201] pour le cabinet Colertdge G? Valmore Panel 401 dirigeants d'entreprises et I 006 cadres
2 L'association réunit des cabinets français dont l'activité est exclusivement dédiée au management de transition
Aline GÉRARD
